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ven 03 sep 10
Remise des médailles du travail au Bocage
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Des fleurs, une médaille, la bise du maire… Pour leurs 20, 30 ou 35 ans de carrière, certains membres du personnel hospitalier du CHU de Dijon se sont vus récompensés hier après-midi. L’occasion de faire le point avec eux sur leurs conditions de travail : la pression de l’erreur, le manque de temps, les malades de plus en plus exigeants…
Un furtif moment de gloire appréciable
« Je sais que nous sommes en période de grippe A, mais je peux vous embrasser ? », demande le sénateur-maire aux médaillées. Ainsi les secrétaires médicales, les aides-soignantes, les techniciennes de laboratoire et les infirmières présentes ont reçu les unes après les autres une accolade de François Rebsamen. Mais aussi un bouquet de fleurs, un chèque (d’environ 200 euros) et une médaille d’argent, vermeil ou d’or selon leur degré d’ancienneté. Pour ces femmes, ce furtif moment de gloire est appréciable : leur travail, souvent fastidieux, est officiellement récompensé. Un peu de baume au coeur pour des années de labeur... Lors de son discours, le maire a d'ailleurs évoqué les conditions de travail du personnel hospitalier en affirmant « connaître leurs difficultés ». Une question que nous sommes allés poser directement aux personnes concernées.
« Ce qui me frappe le plus, c’est le changement de comportement des malades, raconte un cadre supérieur de santé. Ils sont beaucoup plus exigeants de nos jours. Quand je suis arrivée au CHU de Dijon en 1974, ils ne se posaient pas de questions sur les décisions de leur médecin. Maintenant, ils sont véritablement partie prenante. C’est simple : aujourd'hui, on n’a pas le droit à l’erreur. Les malades n’acceptent aucune lacune de notre part». La pression de l’erreur est donc au cœur des préoccupations. « Je suis à la retraite maintenant et je peux vous dire que je me sens soulagée, confie une infirmière. Quand je vois à la télé des histoires où mes collègues sont mises en cause, je me mets à leur place et je les plains. Le pire, c’est que plus vous avez peur, plus vous êtes stressée et plus vous faîtes des erreurs ! ».
En plus d’être sévères, les malades seraient délicats. En effet, ils sont de plus en plus regardants côté assiette, exigent d’avoir des taxis dans la minute... « C’est un peu "le client est roi" maintenant, se plaint une intendante du CHU. Ils croient avoir tous les droits, pouvoir tout exiger. Et puis ils sont de plus en plus nombreux à arriver sans pyjama, sans serviette de toilette, sans savon... Un peu comme à l’hôtel. »
Aujourd’hui, le personnel hospitalier accomplit les 35 heures de travail dans les règles. « Du coup, on doit faire le même boulot qu’avant avec moins de temps, explique une infirmière. Et puis avec toutes les heures passées sur informatique, on peut moins se consacrer aux malades ». Et son ancienne collègue, fraîchement à la retraite, de renchérir : « En tant que patiente je m’en rends bien compte désormais. Les filles sont pressées, elles n’ont pas le temps de nous parler ».
En plus des malades exigeants et de la charge de travail conséquente, une technicienne de laboratoire soulève un autre problème : celui des cadres chargés de surveiller les différents services. « Je travaille ici depuis plus de trente ans. J’ai connu les cadres d’autrefois qui maîtrisaient bien le terrain, qui ne nous parlaient pas comme à des chiens. Aujourd’hui, ils sortent de leur école de management et ils connaissent mal l’univers hospitalier. Ils exigent des choses comme s’il suffisait de claquer des doigts pour les obtenir. Et discuter leurs décisions est impensable... ».
Le malaise est palpable. Aussi, lors de la cérémonie, François Rebsamen a évoqué les travaux en cours au Bocage, mais également le « projet social d’établissement ». Ce dernier concerne « l’organisation du travail des personnels », selon le directeur général adjoint du CHU, Barthélemy Mayol. « Je ne suis pas au courant de ce projet, mais j’espère qu’il sera à l’écoute de nos problèmes », confie cette infirmière qui vient tout juste de recevoir la médaille d’or du travail.
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Bravo pour la vérité des témoignages recueillis, qui disent bien l'augmentation de la souffrance au travail, une réalité qui n'est pas seulement le cas du CHU de Dijon... mais aussi de bien des entreprises.