Entretien avec Yves Michaud, auteur de l’essai « Qu’est-ce que le mérite ? » (Bourin Éditeur)

Je mérite, tu mérites, il m'irrite...

par Julie Philippe | dijOnscOpe | sam 10 oct 09 | 09:08

Le mérite est partout. Écoles, entreprises et discours des hommes politiques ; tous n’ont de cesse de demander sa réhabilitation. Pourtant qu’est-ce que le mérite finalement ? Dans un essai de 300 pages, le philosophe Yves Michaud montre les contradictions de notre société actuelle. Prônant revendications égalitaires pour tous les citoyens, elle confond mérite et rémunérations par l’effort. Éléments d’explications avec le philosophe...

Quand avez-vous commencé vos recherches sur la notion de mérite et pour quelles raisons ?

"En 2007, le thème du mérite était omniprésent durant la campagne présidentielle. La forme était identique chez tous les candidats à la présidentielle à l’exception de Marie-Georges Buffet. Tous prônaient l’effort individuel. Cela m’a donné envie de comprendre ce phénomène. J’ai mis deux ans et demi à rédiger mon livre. Pourtant au départ, je ne devais pas faire un ouvrage très approfondi. Finalement, j’ai mis deux années de plus que prévu pour faire mon étude.

Cette notion de mérite est-elle plus que jamais d’actualité en 2009 ?

En 2009, le mérite est très présent et ce, dans tous les domaines. Les écoliers sont récompensés, les salaires au mérite sont encensés etc. cette forme du mérite est aplatie, schématique. Pour être plus clair, je trouve qu’on réduit le mérite à la simple rémunération. Il se mesure désormais en fonction des salaires et de l’individualisme. Je dirai que le mérite est caricaturé sous une « forme Rolex ». Or il devrait, à mon sens, contribuer au bien de la communauté.

Justement, que pensez-vous du fait de rétribuer les élèves de certains établissements en fonction de leurs comportements, comme cela s’est fait cette semaine ?

Et bien je suis pour. Il s’agit de récompenser collectivement la classe en cas de bon comportement. C’est une bonne idée, on retrouve le sens de la communauté. Je ne comprends pas pourquoi les gens sont contre alors qu’ils ne cessent de donner de l’argent de poche à leurs enfants.

Selon vous, qui sont les personnes les plus « méritantes » dans notre société actuelle ?

Beaucoup de personnes sont méritantes. Celles qui s’occupent d’enfants handicapés par exemple, les infirmiers en soins palliatifs ou encore les pompiers. On retrouve cette idée de dévouement collectif dans le mérite. Cette idée de collectif semble être essentielle. Contribuer à la collectivité me semble effectivement quelque chose d’important. Pendant la Révolution, c’était un thème récurrent. Les capacités de chacun étaient utiles à la République. Plus tard, le mérite s’est caricaturé et matérialisé. Dans notre société, chacun revendique un mérite personnel. Même les démérités connaissent le mérite. Les émissions de télé-réalité illustrent bien ce phénomène. Tous les candidats de ces programmes « méritent » de passer à la télévision.

Pensez-vous que la notion de mérite sera encore présente dans quelques années ?

Si on conserve les relations humaines au centre des préoccupations futures, la notion de mérite sera présente. Si le mérite finit par avoir une fonction uniquement utilitaire, il n’en sera plus question, on sera en plein cauchemar. En quelque sorte comme dans le « meilleur des mondes » [en 1932, Aldous Huxley décrit dans ce roman visionnaire une société dictatoriale ayant toutes les apparences de la démocratie.]

Le possible succès de votre livre sera-t-il mérité ?

(Rires) Oui car il m’a donné du fil à retordre ! Il n’est pas arrivé tout seul. Pour l’écrire, j’ai mis deux ans supplémentaires en prenant les risques que cela suppose. En rédigeant cet essai, j’ai pris le risque que l’éditeur refuse mais j’ai assumé mes responsabilités. On peut dire que j’ai du mérite !"

Parcours général d’Yves Michaud

  • Philosophe et chercheur, Yves Michaud a enseigné dans les universités de Clermont-Ferrand, Rouen, Edimbourg, Paris-Sorbonne, Berkeley et Sao Paulo
  • Rédacteur en chef des Cahiers du Musée national d'art moderne du centre Georges-Pompidou de 1986 à 1990
  • Directeur depuis 2000, de l’Université de tous les savoirs (Éditions Odile Jacob)
  • Auteur de plusieurs livres consacrés à la violence
  • Directeur de l'École nationale supérieure des beaux-arts de 1989 à 1997
  • Membre de l'Institut Universitaire de France de 2003 à 2009

Pour le rencontrer ?

Yves Michaud sera présent à la librairie Grangier de Dijon ce samedi 10 octobre à 15h. Une rencontre-débat est organisée.

1 commentaire

Tout va très bien Mme la Marquise , 12 oct 09, 19:09 :

C'est une personnalité remarquable mais je mets un gros bémol, pourquoi a-t-il soutenu l'intervention US en Irak ? comme tous ces dangereux néoconservateurs qui ont encouragé une guerre de civilisation sur la planète

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