Leonard Lamb expose à la Ferronerie

"Jour de cristal" ou l'obsession du détail...

par Jonas Jacquel | dijOnscOpe | sam 21 nov 09 | 08:41

Leonard Lamb (un pseudo) est une sorte d'artiste mystère à l'imaginaire foisonnant. Son travail impressionne de par le fourmillement de détails et l'ambiance visuelle dramatique qu'il dégage, empreinte d'onirisme. Un lâcher prise entre l'éveil et le sommeil qui nous plonge dans l'imaginaire labyrinthique de l'artiste...

L'acharnement thérapeutique

C'est effectivement l'idée qui nous vient à l'esprit au bout de quelques instants passés à scruter les premières œuvres présentées. Un délire de minutie qui confinerait presque à la folie tant ces fresques semblent être le fruit d'un esprit autiste. On pense à l'écriture automatique (caractéristique du mouvement surréaliste) ou à une forme de peinture systématique, dont le sens global finit par se noyer dans la masse. Cependant le détail ne saute pas aux yeux.

A distance du regard normal, les œuvres offrent une structure graphique sobre et lisible, composée de quelques éléments principaux de formes abstraites. Lorsqu'on se rapproche, on s'aperçoit que ces mêmes éléments généraux sont constitués d'une myriades de petits éléments répétitifs. Motifs iconographiques ou décoratifs, objets ou personnages, tous dansent en frises, dont les circonvolutions torturées semblent vouloir nous raconter une histoire à la narration et au récit inexistant.

De l'importance du répertoire classique

Une ambiance étrange qui émane donc de la plupart des œuvres présentées. Quel que soit le support, l'ambiance est raide et pesante. Les figures des personnages font irrémédiablement penser à l'expressionnisme (Allemand notamment) avec des cris muets, des expressions minimalistes d'un dramatisme évident. Les thèmes traités ont un lien plus ou moins ténu avec des références bibliques ou des événements historiques d'un monde chaotique (les travaux récents sont pour leur part hantés par la destruction des juifs d'Europe).

Si les références ne sont absolument pas évidentes pour le spectateur, elles sont un élément d'inspiration primordial pour l'artiste. Un univers pétri de références culturelles, littéraires bien évidement avec la bible et la philosophie,  mais aussi artistique. L'influence des primitifs flamands (le clair-obscur, le fond noir), se fait sentir mais c'est surtout les peintres de la renaissance et du Moyen Age, qui transparaissent au travers des tableaux.

Les figures de profil, l'absence de perspective, les motifs de frise et la dimension historiée sont autant d'élément qui s'inspirent des modes de représentations formelles médiévales. On retrouve notamment une inspiration criante de la peinture de Jérôme Bosch tant dans l'organisation que dans les formes, les couleurs et les motifs. La façon de traiter les figures est elle aussi très caractéristique de ses travaux sur l'enfer.

Au rythme de la musique

Des références picturales qui sont à l'image de l'atmosphère thématique émanant des œuvres. On se retrouve plongé dans un imaginaire au contenu conflictuel (l'artiste nous affirme ne pas vouloir cacher la violence), sous pression, tout à la fois fondamentalement anxiogène mais libérateur. Féérie et horreur se côtoient et finissent par se mélanger en douceur (l'atmosphère de la galerie est elle-même sombre et relativement oppressante).

Par ailleurs, le rythme apparaît comme un élément fondamental du travail de l'artiste. C'est lui qui organise l'espace pictural et la répartition de cette foultitude de détails microscopiques qui interagissent parfois sans raison. La musique donne le ton que le pinceau et les crayons suivent en rythme. Celle-ci est indissociable du travail de l'artiste qui se consacre huit heures par jour à la peinture, de telle sorte qu'elle (Léonard est un femme) en oublie souvent ce qu'elle est en train de faire, emportée qu'elle est par la mélodie d'un Gustave Mahler traversant la nuit.

Une exposition bien mystérieuse qui vous attend donc dans la pénombre de la Ferronnerie. Ne serait-ce que pour la minutie plus qu'admirable, cette exposition force le respect. Or on s'aperçoit qu'on se laisse facilement embarquer dans ces galaxies tourbillonnantes de détails et personnages fantasmagoriques. Vous trouverez aussi quelques sculptures et une vidéo que nous vous laissons le soin d'aller découvrir par vous même...

(A noter que les photos du diaporama se suivent de manière à ce que vous puissiez apprécier le niveau de minutie des œuvres, notamment de la virtuosité du non-photomontage (détail du poisson), qui est en réalité une peinture à l'huile intégrale)

Infos pratiques :

"Jour de Cristal"
du 20 au 29 novembre
La Ferronnerie
2 rue Auguste Comte - Dijon

3 commentaires

fabienne, 12 fév, 03:11 :

Des oeuvres admirables, d'une finesse remarquable, une invitation au voyage, l'esprit s'ouvre et se libère,je suis transportée et manque de mots...
Un travail admirable, à voir absolument.

Pauline, 06 déc 09, 22:21 :

Un travail d'exception.

patrick Heilmann, 21 nov 09, 22:31 :

Je suis allé voir l'exposition et suis devenu vraiment inconditionnel de ce peintre stupéfiant. Il faut absolument que tout le monde aille voir ce travail magnifique.

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