Etes-vous Culture (anti) pub ?

Publicité : l'éthique avant l'étiquette?

par Cyril Gaucher | dijOnscOpe | ven 27 nov 09 | 08:39
Publicité Divia par Cerise Noire
Publicité FNE par Cerise Noire

Autre univers, autre vision : si dijOnscOpe donnait hier la parole aux opposants d'une pub qu'ils jugent agressive et polluante, nous rencontrons aujourd'hui deux femmes pour qui la publicité et la communication sont une vocation et même une passion. Leurs constats se rejoignent souvent, plutôt sévères quant au manque de responsabilité dont leurs pairs ont parfois fait preuve ces dernières années. Mais elles apportent surtout un autre regard sur cet univers de la pub, créateur de liens et d'émotions, peut-être moins brutal demain s'il s'adresse à chacun, individuellement. Face à ceux qui ne voient dans la pub qu'un danger pour l'environnement, se dessine une nouvelle forme de communication, porteuse de valeurs éthiques, de développement durable et de partage...

"Ne pas mentir"

Pour Catherine Jacquet, Directrice du Pôle Social chez Sinergence, agence de conseil en communication à Fontaine-lès-Dijon, "la pub est souvent opaque ; cela crée d'emblée une distance avec le public car il y a mensonge. Ce que la pub prétend n'est pas conforme à la réalité du produit ; c'est le cas, par exemple, pour les marques de cosmétique. En s'approchant de la réalité, on fera moins rêver, mais on donnera du sens. La pub est cohérente s'il n'y a pas d'écart entre l'image et la pratique". Tiphaine Vasse, directrice de Cerise Noire (agence de design et communication à Dijon), le confirme : "Si l'on veut une pub de qualité, il faut se concentrer sur le message, ne pas mentir. Une pub n'est pas seulement là pour vendre mais aussi pour informer".

"Les 4x3 vont mourir peu à peu"

Si Tiphaine Vasse comprend les opposants à la pub, notamment devant les surfaces impressionnantes de certains grands panneaux et la répétition quasi-permanente de certains messages, elle rappelle que ce n'est qu'un élément de notre environnement : "Je comprends que les grands panneaux soient parfois perçus comme une pollution visuelle mais il en est de même d'un immeuble que l'on trouvera disgracieux". Pour Catherine Jacquet, avec la généralisation de l'informatique et d'Internet, la pub va être de plus en plus ciblée. Ainsi selon elle, "les 4x3 vont mourir peu à peu, laissant la place à un marketing relationnel qui utilisera les réseaux sociaux, ainsi qu'à un marketing direct adapté à chacun". Elle juge que les meilleures pubs sont en général les plus ciblées, alors que "l'affichage 4x3, s'adressant au tout-venant, est mal perçu, tel une pollution".

Créer du lien

Dans ce même esprit, les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication conduiront nécessairement le consommateur à s'impliquer davantage dans le processus de communication. Catherine Jacquet rappelle d'ailleurs que "si le principe de la publicité est de rendre public un produit dans une démarche à sens unique, la communication, elle, doit créer du lien dans les 2 sens". Selon elle, les nouvelles technologies s'orientent plus vers un mode informationnel que vers des slogans assénés tels des vérités. Tiphaine Vasse abonde dans ce sens : "La pub n'est plus seulement là pour vendre mais aussi pour communiquer, créer du lien". Du consommateur au conso-acteur : l'expression est connue, mais le chemin vers la responsabilisation semble encore long ; si les communicants explorent désormais les terres de l'interactivité, de l'échange et du partage, Catherine Jacquet estime que "vendre des produits de luxe à des gens qui n'ont presque rien est une forme de pornographie...".

Créer du sens

Payer pour communiquer. Tiphaine Vasse souligne que "la communication est parfois assimilée à de la prostitution. Le publicitaire est à la disposition de l'annonceur, quelles que soient les valeurs liées à l'entreprise ou au produit à promouvoir". Elle comprend que les anti-pub soient dérangés par certains messages, comme l'utilisation de la femme comme un objet, ou le recours à des clichés caricaturaux prenant les gens pour des imbéciles". Et Tiphaine choisit de rester en phase avec ses principes : "Si je ne partage pas les valeurs de l'entreprise, je refuse ce marché". Pour engager ses clients dans une démarche écologique, elle essaie de favoriser les imprimeurs labellisés "Imprim'Vert" (gestion des déchets, non-utilisation de produits toxiques). Catherine Jacquet ironise quant à elle sur le "green washing", cette démarche qui consiste à "mettre du vert sur une pub pour dire qu'on est impliqué dans le développement durable : ce type de publicité institutionnelle n'est pas réellement efficace, car l'entreprise se parle à elle-même. En revanche, la collectivité qui choisira d'offrir un espace publicitaire à une association humanitaire connaîtra un bien meilleur impact sur son image. Celui qui utilisera la pub pour créer du sens et promouvoir de vraies valeurs aura une longueur d'avance".

Vers un 8ème art ?

Créer la surprise, faire rire, être imaginatif : Tiphaine Vasse estime que "la créativité doit compenser le côté péjoratif de la publicité. La dimension artistique est essentielle. En fait, notre message ne doit pas ressembler à de la publicité". Son jugement est sévère : "80% des pubs sont mauvaises. Certains, en revanche, font un vrai travail créatif, même si tout le monde n'y est pas forcément sensible. Le publicitaire a son rôle à jouer dans cette culture visuelle". Pour Tiphaine, "comme dans l'art, si une émotion est créée, c'est déjà une réussite. Même si une pub est conçue pour une cible donnée, elle peut être de qualité si tous y sont sensibles". Prenant le contre-pied des critiques sur la "pollution visuelle", Catherine Jacquet revient aussi sur ce caractère artistique : "La pub peut être une sorte de 8ème art, contemporain". La création publicitaire, élément d' "identité culturelle" : selon Tiphaine, la simple vue d'une affiche publicitaire sur un abribus permet de déterminer dans quel pays on se trouve, car la publicité s'approprie les codes visuels attachés aux pays et aux cultures.

Une responsabilité juridique de la pub ?

L'époque où la pub vantait les mérites de crèmes anti-rides "nucléaires" est bien loin : aujourd'hui, si certains secteurs de la publicité sont d'ores et déjà contrôlés (médicaments, alcools, tabacs), ce sont souvent les associations (contre le sexisme, le racisme, l'homophobie...) qui se chargent de "sanctionner" l'annonceur jugé défaillant, par une contre-campagne, ou pire, le boycott d'une marque, comme celui qui frappe Nestlé en raison de ses campagnes de promotion du lait en poudre dans les pays peu développés. Et si l'autorité fait parfois défaut à ces mouvements, la Justice pourrait prendre le relais : ainsi aux États-Unis, dans le procès opposant Nike au citoyen californien Kasky (qui poursuivait l'entreprise pour publicité mensongère à propos d'une campagne sur les conditions de travail chez ses sous-traitants), Nike a finalement versé 1,5 million de dollars au plaignant...

9 commentaires

Jean-Paul Cubaynes, 11 fév, 11:16 :

A quand la pub pour les vêtements, les baskets, les articles de sport, qui nous dira les salaires, les horaires, les conditions de travail, l'âge, le non-droit syndical... des asiatiques et maghrébin(es)qui les fabriquent ? Chiche ?

sebastien, 04 déc 09, 18:24 :

et puis le site de L'Observatoire Indépendant de la Publicité :

http://observatoiredelapublicité.fr

Henri MARTIN, 29 nov 09, 09:18 :

Une chose est sûre, c'est plus sympa de parler des avantages et inconvénients de la pub, plutôt que de traiter les anti-pub d'intégristes.
Une autre chose est sûre, pour moi : j'ai eu du mal à mettre l'affiche "Stop Pub" sur ma boite aux lettres, j'avais peur de ne plus être assez informé. Mais maintenant que je suis débarrassé de ces papiers, quel bonheur ! Pour choisir ce que je veux acheter, mes amis me suffisent pour me renseigner, et c'est beaucoup plus agréable !

ras la pub, 27 nov 09, 23:05 :

La pub, machine à casser l'individu

La pub ne veut plus d'humains, de citoyens, elle veut des consommateurs. Elle réduit chacun de nous à un moyen: la consommation. La pub nous impose la fausse idée que l'unique sens de la vie est la consommation. Elle a inversé les valeurs: nous vivons pour consommer, nous ne consommons plus pour vivre. La pub tire l'humain vers ce qu'il y a de pire en lui: son fantasme de toute-puissance, sa volonté de posséder sans cesse plus... La pub est une machine à faire régresser l'humain. Elle veut nous réduire à notre seule apparence. La technique de la pub, c'est d'abord de nous rendre malheureux pour ensuite nous proposer d'acheter pour nous consoler. Ensuite, la pub nous dit, très clairement mais le plus souvent de manière sournoise, que ceux qui ne sont pas d'accord avec sa logique sont des idiots, des personnes tristes qui n'aiment pas la vie, des ringards, des tarés, des inadaptés... Pour ne pas avoir l'air d'être coincés, nous avons ensuite peur de dire du mal de la pub. C'est comme ça que la pub tue notre esprit de révolte. La pub somme chacun d'entre nous de se soumettre. Elle nous refuse le droit d'aller à nous-même, de chercher le vrai sens de nos existences, d'affirmer que nous sommes des humains avant d'être des consommateurs.
Confrontés à cette idéologie antihumaine, mortifère, nous fuyons en nous abrutissant face à la télévision, en consommant des drogues, légales ou interdites. D'autres, nombreux, se suicident. D'autres encore choisissent de résister, car ils pensent que c'est ça, la vie.

Henry L, 27 nov 09, 15:35 :

une chose est sûre, c'est que la pub est la mieux placée pour faire évoluer les comportements des citoyens. Même si certains voudraient que ce soit 100% sincère, c'est déjà bien de lire ces prises de position de la part de communicants

dijon-ecolo, 27 nov 09, 14:10 :

C'est tout neuf, ça vient de sortir, "le blanchiment écologique de la gamme Renault ZE": http://www.renault-ZE.fr

Renault, c'est pas zéro CO2, mais zéro éthique?

dijon-ecolo, 27 nov 09, 11:02 :

En surfant sur le blog (http://cerisenoire-design.blogspot.com) de cette agence de communication, on voit bien que l'on est loin des agences de pub habituelles. Elle s'est notamment engagée au près de l'ADEME sur une charte avec cette déontologie: "Chaque signataire de la présente charte s’engage à ne pas concevoir ou diffuser de messages ou de publicités incitant à des fins commerciales, directement ou indirectement, à une consommation d’énergie ou une production de déchets excessive, et mettant en scène des comportements contraires à la protection de l’environnement, ou encore minimisant les conséquences de la consommation de certains produits ou services susceptibles d’affecter l’environnement."

On est loin de ce qui se passe dans la réalité, notamment dans les rues de Dijon, avec ses pub pour la malbouffe (McDo) ou les transports polluants (voitures individuelles) dont certaines sont illégales (http://dijon-ecolo.blogspot.com/2008/05/publicite-illegale-voiture-co2.html) ou très douteuses comme celle-ci (http://dijon-ecolo.blogspot.com/2007/11/publicit-honteuse.html) trouvée sur un journal papier local.

Question 8eme art de la pub, à Dijon comme ailleurs en France, c'est assez pitoyable, voilà du 8ème art version pub: http://www.huffingtonpost.com/2009/11/18/11-awesomely-creative-bil_n_361796.html?slidenumber=tTWyMs47U%2Bg%3D

Concernant l'espace publicitaire et l'espace public, il est très intéressant de lire la réflexion de monsieur Maurice Pergnier, professeur émérite à l'université Paris-XII: http://www.bap.propagande.org/telechargements/Maurice_Pergnier-Espace_publicitaire_et_espace_public.pdf

Il existe différents sorte "d'intégristes anti-pub", très bref résumé:
- ceux qui refusent toutes les pubs quel qu'elles soient.
- Ceux qui ne veulent pas en voir: une pub à la télé-> ils zappent, une pub dans un magazine, ils tournent pas page, dans la boîte aux lettres-> ils mettent un "stop-pub", une pub dans la rue-> impossible de fermer les yeux! Là il y a un sérieux problème !
- Ceux qui sont contre les "mauvaises" pub (sexisme, malbouffe, incitation à la pollution,...)

Ce serait bien (et courageux) que les publicitaires locaux s'expriment ici, dans ce débat.

soleil vert, 27 nov 09, 10:00 :

voici la démonstration du discours marketting mensonger, qui en plus endosse l'hypocrisie de surfer sur la vague du développement durable. "Les Amis de la terre" décernent tous les ans (vote des internautes) les lauréats dans diverses catégories (greenwashing, etc).
Voir sur le site :
http://www.prix-pinocchio.org/

Jean Pat, 27 nov 09, 09:49 :

Les publicitaires qui ont réalisé la pub du détergent "bang" feraient bien de s'inspirer de vos principes.Bravo mesdames!

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