Une journée pas comme les autres

"Les Heures du jour" : Dur, dur d'être bourgeois...

par Jonas Jacquel | dijOnscOpe | sam 28 nov 09 | 09:31

Bourgeois ou plutôt aristocrate car c'est bien de cette catégorie sociale qu'il s'agit ici. L'exposition "Les Heures du jour" vous propose, dans l'esprit originel du musée Magnin (hôtel particulier), de redécouvrir le rythme de la journée d'une famille de la haute société...

Matin

Vous êtes donc invité à vous immiscer dans l'intimité d'un quotidien réglé comme du papier à musique. Si l'on n'avait pas le droit de travailler (on pouvait en perdre son titre !), faire partie de "la haute" impliquait de suivre et d'appliquer à la lettre toute une série d'usages aux codes très stricts et bien établis. C'est ainsi que du matin jusque parfois très tard le soir (au 19e siècle, on avait pour habitude de prendre le souper à minuit en province et à deux heures du matin à Paris), invariablement, Madame, Monsieur et leur progéniture se livraient presque toutes les deux heures à une activité.

Depuis l'antiquité, les hommes cherchent inlassablement à structurer la dimension temporelle de leur existence, tant pour des raisons économiques, que sociales ou spirituelles. Si certains moments bien précis de la journée ont toujours existé et ont su traverser les siècles, il est en revanche très rare qu'ils aient conservé une place et heure précises. Les glissements et les évolutions ont été nombreuses au fil du temps, notamment pour des raisons de distinction sociales mais aussi en fonction du climat et des saisons.

L'exposition vous présente donc les différentes phases de cette organisation complexe, cet "art de vivre" dont les évolutions se suivent de la fin du XVIIe à la fin du XIXe siècle.

Midi

La muséographie est intéressante puisqu'elle se sert du lieu d'exposition (un hôtel particulier, ancienne demeure familiale des Magnin donc), comme support à sa mise en situation. En effet, l'idée est de retranscrire les différents moments de la journée du lever au coucher. Pour ce faire, chaque pièce a été pensée en fonction d'un moment précis de la journée, tant dans sa décoration et sa disposition que dans les différentes œuvres exposées. Au sein de la pièce destinée par exemple à la chambre, on découvre à la fois du mobilier relatif à cet espace de vie mais aussi peintures, sculptures, objets et autres éléments et commentaires destinés à former un tout cohérent.

De cette manière, la visite se déroule très naturellement, sans abasourdir le spectateur de tel ou tel type de témoins ou vestiges du même type. Ils sont habilement disséminés tout au long de la visite, ce qui la rend bien plus vivante. Pour ceux qui serait par ailleurs férus de meubles de style et de décoration baroque, l'exposition pourrait se révéler être une source d'inspiration des plus intéressantes (la méridienne bleue est magnifique...).

Et soir

L'ensemble des pièces de collections réunies pour l'occasion est bien évidement d'une grande qualité et d'un intérêt indiscutable sur les plans "esthétique" et informatif. Les heures du jour sont introduites par une série de gravures de mœurs (d'après des dessins de Moreau le Jeune), sélectionnées parmi les collections du Musée du Louvre. Le reste de l'exposition se compose d'environ deux cents pièces où se côtoient objets d'arts et objets mobiliers aux noms et aux usages parfois surprenants.

Sans trop rentrer dans les détails et pour ne pas vous gâcher la surprise, vous trouverez tout de même des choses plutôt insolites mais dont la fonction constitue en elle-même un témoignage pertinent des modes de vie de l'époque. Dans la pièce destinée à la réception et au spectacle, vous trouverez par exemple un petit objet fort utile : la lorgnette de jalousie ou "indiscrète". Un ingénieux système permettait à son possesseur de voir sur le côté tout en laissant croire qu'il observait devant lui. Se rendre au théâtre, c'était avant tout voir et être vu ! Ce précieux objet renfermait parfois un flacon de verre taillé contenant quelque parfum.

Au détour de la salle de bain, vous croiserez surement une sorte de grosse seringue : le "clystère". Celui-ci permettait de donner la purge (un lavement des intestins), qui était devenue monnaie courante au 18e siècle. De nombreux autres trésors de raffinement sont à découvrir au fil des quatorze salles qui composent l'étage (1er) de l'exposition. Elles vous permettront d'avoir une vision d'ensemble des innombrables instants et activités correspondantes qui ponctuaient la journée harassante d'un noble du 17e au 19e siècles.

En ces temps de crises, il ne fait jamais de mal de se prendre à rêver de ces époques qui ont tant inspiré les écrivains et les artistes parmi les plus célèbres de notre histoire !

Pour aller plus loin : cette exposition s'accompagnera de visites guidées par le commissaire de l'exposition (fort sympathique au demeurant), de concerts de musique de salon, d'un colloque sur l'intimité et de la projection du film "Les liaisons dangereuses" au cinéma l'Eldorado.

Infos pratiques :

"Les Heures du jour"
19 novembre 2009-14 février 2010
Musée Magnin
4 rue des Bons-Enfants (place de la libération)
21000 Dijon

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