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ven 03 sep 10
A la vue des images ci-dessus, vous devez déjà très probablement avoir une idée (ou un a priori) du style très "particulier" de ce photographe allemand. Malgré l'apparente nullité technique et l'incompréhension sémantique qui se dégagent de son travail, Juergen Teller n'en reste pas moins l'un des photographes contemporains les plus en vogue de ces dix dernières années. Explications...
Juergen est obsédé sexuel
...un photographe Allemand qui s'installe à Londres en 1986. Attiré par l'univers de la musique il commencera par faire des portraits d'artistes, dont celui de Sinéad O’Connor (qui attirera sur lui l'attention du milieu de la mode) et des pochettes de disques pour Bjork ou encore Elton John.
C'est suite à sa rencontre avec Venetia Scott qu'il prendra réellement confiance en lui et que se concrétisera son style et sa démarche incongrue. Bien loin de la "belle photo", Juergen Teller cultive le goût de l'irrévérence et du grotesque dans des scènes comme pour des portraits. Il est le contrepied absolu de la photographie dite "classique" et en rompt à peu près tous les codes. Tant au niveau de l'éclairage, du sujet, du cadrage que de la composition, tout y est bancal, insolite, cru et gênant.
Vous remarquerez bien vite au travers de cette exposition sa fascination pour le sexe, qu'il assume avec une certaine audace, et sa recherche du naturel, ennemi de la sophistication. Il est l'auteur de nombreux portraits de famille, de natures mortes ou de photos road trip qu'il shoot comme ses clichés professionnels, c'est-à -dire à peu près à la manière d'un snapshot (un instantané) réalisé par un amateur malhabile. Le premier et l'arrière plan sont souvent flous sur la même image, les personnages sont coupés ; parfois, seuls un bras et une jambe dépassent d'un hors cadre titubant. On se croirait donc volontiers face à un étudiant des beaux arts en plein trip rebelle (contre les conventions établies, normal!), qui n'aurait ni fini d'éliminer les substances illicites qui traînent encore dans son système sanguin, ni les problèmes psychologiques existentiels de nature fondamentalement sexuelle qui travaille l'adolescent mal dans sa peau qu'il aurait pu rester. Et pourtant.
Juergen adore la mode
...un des (si ce n'est LE) photographes de mode les plus adulés à l'heure actuelle. Entre goût du grotesque, parti pris potache et transgression des canons esthétiques, son travail a su séduire le milieu de la mode de façon radicale. Il persiste et signe depuis dix ans dans son style faussement ordinaire et impose une esthétique nouvelle à la "fashion sphère" qui est à ses pieds. Mélange entre hype, luxe et trash, son style si caractéristique se révèle être un reflet des mentalités en évolution, notamment dans le domaine de la mode et de la publicité. Une évolution à laquelle il s'adapte avec son propre regard et un discours artistique d'une étonnante modernité, qui trouve sa place sous la forme d'une sorte de "portrait d'aujourd'hui".
Nul éclairage complexe, aucune séance de maquillage interminable, pas de mise en scène réglée au millimètre avec lui. Juergen n'hésite pas à "cramer" le visage de ses modèle d'un coup de flash trop puissant, dirigé frontalement. La lumière n'est pas belle, pareille à celle d'un flash d'appoint de reportage (et encore, mal réglé!), la palette de couleur est pauvre et l'image est plate. Il n'hésitera pas non plus à prendre des personnalités de la hype fashion avec "ses pieds" (Dans tous les sens du terme. Cf. La couverture de son livre "Juergen Teller/Marc Jacobs Advertising 1998-2009"), en préférant cadrer un coude plutôt qu'un visage beaucoup plus "bankable". Des vêtements de luxe photographiés sans le moindre raffinement, des icônes pop non identifiables, une manie de l'autoportrait : voilà ce qui fait de Juergen Teller la star adulée du monde de la mode à l'heure actuelle.
Juergen aime aussi la pub
Si sa renommée était faite dans les année 90 auprès des professionnels du secteur, il a touché un public plus large (c'est-à -dire vous mesdemoiselles, lorsque vous feuilletez les Vogues, Harper's et autres magazines de mode féminine...) depuis sa collaboration avec le créateur Marc Jacobs. Ils vont ainsi bouleverser l'ordre établi en matière de publicité et inaugurer le format double page dont l'une, parfaitement blanche, ne contient que la marque et le nom du modèle+photographe (une grande nouveauté) dans une typographie très classe. L'autre page contient à l'inverse une photographie de Teller, rompant avec le raffinement et l'esprit de beauté déclamé par la première. C'est bien là qu'est toute la force et la pertinence du concept qui allie deux univers à priori antagonistes : d'une part celui de Marc Jacobs, symbolisé par le choix haut de gamme du modèle parmi des icônes de la musique ou du cinéma, et celui de Teller, beaucoup plus irrévérencieux et brut.
Tout cela fonctionne très bien puisque l'on ne compte plus le nombre de campagnes auxquelles ont participer Sofia Coppola, Victoria Beckham, Kate moss (sa muse) ou encore les différents travaux réalisés pour les maisons Yves St-Laurent ou Kalvin Klein. Finalement, l'irrévérence et le contrepied total vis à vis du diktat esthétique de la mode aura conduit ce photographe à en devenir le nouveau fer de lance, au travers d'une esthétique qui ne reflète peut-être que trop bien sa modernité et qui finit par aboutir au même objectif que ses prédécesseurs, à savoir faire vendre des chaussures et des fringues à un public dont l'appétit de consommation se révèle insatiable...
Juergen Teller
Exposition du 24 janvier au 14 mars 2010
Le Consortium
16 rue Quentin - Dijon
Ouvert du mardi au dimanche de 14h à 18h, le samedi de 10h à 13h et de 14h à 18h
Entrée libre
5 commentaires
Derniers commentaires
Le point de vue est intéressant: je ne voyais pas les choses ainsi ma foi !
Mais cela se défend tout à fait.
La sculpture de Breker se comprendrait donc comme "art révolutionnaire" et non comme "nouvel art" (d'un monde déjà refondé), ce qui la légitimerait.
Mais il est obligé de caricaturer, parce qu'il doit porter. L'archétype, ça symbolise, mais la caricature c'est fait pour pousser. Il insuffle à son style l'envie de se surpasser, et pas juste le besoin de contemplation. Leni...bien sûr c'est admirable au sens fort du terme, mais je trouve ça moins marqué. Je la pense plus comme quelqu'un qui vit selon ses époques et y mettant son art en service (oui oui je force le trait ! ;) ); elle n'a pas, pour moi, le tourment d'un Breker justement. Ah ! C'est ma sensibilité qui parle, la vôtre voit d'un oeil différent mais c'est la convergence qui est intéressante !
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec Eva au sujet d'Arno Breker. Sa sculpture reflète souvent un fort tourment, quand elle ne verse pas dans la caricature au lieu et place d'un archétype. Mais son travail sur les couples est particulièrement réussi.
Je pense surtout à Riefenstahl pour ses photos africaines.
http://www.leni-riefenstahl.de/eng/photo/afrika/5.html
http://www.leni-riefenstahl.de/images/bio/15.jpg
Bah..ça sert à rien d'exposer des amas de chair juste pour le plaisir de faire de la provoc'. Pour l'esthétique des corps, rien ne vaut Breker.
La pieuvre est très photogénique,le reste beaucoup moins...