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dim 21 mar 10
Chaque année, le musée des beaux-arts de Dijon brasse des centaines de milliers de touristes attirés par les trésors qu'il renferme. Loin de se reposer sur ses lauriers, il n'a de cesse d'enrichir ses collections pour mieux pérenniser sa renommée. Tel un organe qui régénère ses cellules, le musée continue en effet d'acquérir des œuvres d'art pour mieux rester vivant. Quel est son processus d'acquisition et avec quel budget ? Matthieu Gilles, conservateur au musée et responsable des collections XVIIe et XVIIIe siècles, nous éclaire sur le sujet...
Comme tout musée, celui des beaux-arts de Dijon possède des points forts et des points faibles. Aussi, comme pour combler ses lacunes ou au contraire enrichir ses trésors, il n'a de cesse de traquer les œuvres qui feront demain sa gloire. Stratégiquement, le musée tisse sa toile autour de plusieurs domaines de prédilection : dans le genre, le meilleur de l'art bourguignon tient le haut du pavé. "Il est certain que la peinture bourguignonne des années 1950 n'est pas ce que nous cherchons à acheter... Mais nous faisons une sorte de veille artistique sur les œuvres du 15ème siècle, celles de l'époque des Ducs de Bourgogne. Seulement, elles restent très rares à la vente", explique Matthieu Gilles, conservateur au musée. Pour preuve, la dernière acquisition d'un tableau de l'Abbaye de Champmol, où étaient enterrés les Ducs, remonte à 1980... "De temps en temps, il ressort des petits bouts des tombeaux des Ducs que l'on achète. Même s'ils ont été reconstitués depuis, autant avoir les originaux ! Sinon il manque également deux Pleurants aux tombeaux des Ducs : on ne sait absolument pas où ils sont passés ! Peut-être un jour ressurgiront-ils...", espère le conservateur.
Autre spécimen particulièrement recherché : les œuvres du sculpteur bourguignon phare du 19ème siècle, François Rude. Depuis la mort de l'artiste il y a 150 ans, le musée tente en effet d'acquérir un maximum de ses œuvres. Sa femme, Sophie Rude, n'est pas en reste puisqu'en 2009, le musée achetait l'un de ses tableaux aux descendants de l'homme portraituré, le sculpteur Paul Cabet. "En ce moment, nous aimerions d'ailleurs acheter l'une de ses sculptures en vente chez un marchand ; nous réfléchissons car nous trouvons le prix trop élevé...", reconnaît Matthieu Gilles. Pour les œuvres moins locales, elles sont généralement choisies en fonction des collections déjà existantes : celles du XXe siècle venant compléter les œuvres de la 2ème école de Paris sont par exemple assez prisées. De même, les conservateurs sont attentifs aux dessins en rapport avec les tableaux du musée. Ainsi, un dessin préparatoire* du tableau "La gloire de Bourgogne" de Henri Levy (1900), représentant Sainte Jeanne de Chantal, a récemment été trouvé dans une galerie londonienne.
Le dessin, dont le catalogue de la galerie ne précisait pas l'origine, a rapidement été repéré par l'œil expert de Matthieu Gilles. Et c'est bien là tout le travail des cinq conservateurs, ayant tous un domaine de spécialité : guetter les œuvres qui sortent sur le marché de l'art. Pour ce faire, ils épluchent les catalogues de ventes aux enchères (Sotheby's, Christie's, Tajan), ceux des galeristes mais aussi les salons d'expositions et les propositions de particuliers. "C'est un peu pénible pour les ventes aux enchères car il faut aller très vite, assure le conservateur. Nous avons généralement dix jours pour réagir : pendant ce laps de temps, nous envoyons un dossier parallèlement à l'adjoint à la culture, actuellement Yves Berthelot, et à la Direction des musées de France, dont les experts rendent un avis sur l'authenticité et l'état de l'œuvre. Si leur avis est négatif, nous sommes assurés de ne pas recevoir de subventions de l'État. Autant dire qu'il n'est pas utile d'insister.... L'adjoint à la culture, lui, nous a toujours fait confiance jusqu'à présent".
Une particularité est tout de même à noter concernant les ventes aux enchères : les musées français ont en effet la possibilité de faire une préemption sur une enchère, c'est-à-dire de se substituer au dernier enchérisseur... Ainsi, le descendant argentin du baron de Joursanvault a vu le tableau représentant son aïeul lui passer sous le nez car préempté par le musée des beaux-arts de Dijon ! Le coup est dur... Mais le procédé reste rare, les ventes aux enchères présentant des délais trop courts pour être tout à fait attrayantes pour les musées. Ce sont donc plus généralement vers les galeristes que ces derniers se tournent. Dans ce cas comme dans celui des propositions de particuliers (peu courantes) et des dons, un dossier est envoyé à la Commission inter régionale d'acquisition des musées de France puis à l'adjoint à la culture, avant d'être présenté au conseil municipal de la ville. Ensuite seulement, l'acquisition est possible.
Le prix d'une œuvre, bien entendu, reste un critère de taille pour les conservateurs du musée, qui ont un budget annuel de 100.000 euros : c'est en effet la somme qui leur est allouée par la mairie de Dijon. Les subventions du Fond régional d'acquisition pour les musées (FRAM), dans lequel sont associés l'État et la région, sont ensuite déduites de ce budget : "Ce qui est pratique avec ce système, souligne le conservateur, c'est que peu importe à combien s'élèvent ces subventions, nous pouvons compter sur un budget de 100.000 euros quoi qu'il arrive".
Le mécénat d'entreprise représente une autre source de revenus pour le musée, bien qu'il vise avant tout le financement des restaurations et des expositions. "Un jour, nous avons reçu 300.000 euros pour acheter une sculpture de François Rude de la part de la Société des autoroutes Paris-Rhin-Rhône. Bien sûr, cela reste très exceptionnel et nous considérons qu'un beau mécénat se situe entre 15.000 et 30.000 euros". La Société des amis des musées de Dijon, une association de particuliers, peut également jouer un rôle de donateur lorsqu'un projet séduit ses membres.
Forcément, avec un budget limité, l'équipe connait des déceptions : "Nous voulions acheter le retable de Philippe Pot, chevalier de la toison d’Or, mais son prix était vraiment trop élevé : de mémoire, il était aux alentours de 700.000 euros, se souvient Matthieu Gilles. L'anecdote, c'est que déjà au 19ème siècle, le musée des beaux-arts de Dijon avait voulu acheté son tombeau... et on l'avait loupé aussi !".
* L'acquisition du dessin préparatoire d'Henri Levy était à l'ordre du jour du conseil municipal du 1er février 2010, après être passé en commission et avoir reçu l'aval de l'adjoint à la culture, Yves Berthelot.
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