Le fédéralisme est présenté comme une des sorties possibles de la crise

Êtes-vous prêt pour une Europe fédérale ?

par Jérémie Lorand | dijOnscOpe | mar. 13 déc. 11 | 08:15

Les sommets européens se succèdent avec à chaque fois le même enjeu : sauver l'Europe. Les dirigeants des pays de l'Union européenne, aux premiers rangs desquels le tandem Nicolas Sarkozy-Angela Merkel, étaient réunis mercredi 07 et jeudi 08 décembre 2011 pour jeter les bases d'un futur traité sur la surveillance budgétaire de l'eurozone. Pour certains, ce traité doit être la première pierre d'une Europe plus fédérale : "Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ne voient la nécessité que dans la crise", affirmait Jean Monnet, un des pères de l’Europe. Qu'en est-il des Dijonnais ?...

Marc, 27 ans

"Je n'ai pas d'avis tranché tellement les données sont nombreuses. Mais comme le dit si bien Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, militer en temps de crise pour un fédéralisme européen s'apparente à une dérobade voire à de la paresse intellectuelle. Un fédéralisme en tant qu'aboutissement européen bien sûr, mais pas avant dix ans ! Imaginez le temps que prendra la remise à plat et l'harmonisation des lois sociales, fiscales, pénales, des codes du travail, etc. des 17 pays de la zone euro, voire des 27 états membres de l'Union européenne, alors qu'ils s'accordent à peine sur un traité de sortie de crise pour cause d'échéances électorales nationales proches !

Et c'est peut-être là un des principaux écueils sur la route du fédéralisme européen : le manque de temps à l'échelle de l'Europe. La valse-succession des équipes gouvernementales rend très difficile l'installation d'une vision de l'Europe qui s'étale dans le temps car hélas, à chaque nouvelle équipe, une nouvelle stratégie vient saper le travail de ses prédécesseurs. Ajoutez à cela le raccourcissement des échéances dû à la rapidité de circulation des capitaux et la pression des marchés, capables en un mois de faire chuter des gouvernements démocratiquement élus - l'Italie, troisième puissance européenne (Lire ici l'article de Liberation.fr) - et vous ne pouvez que constater que c'est de temps que l'on manque.

En revanche, certaines des solutions évoquées depuis quelques semaines pour sortir l'Europe de la crise - et hélas non retenues pour l'instant pour cause de blocage allemand - pourraient jeter les bases d'un fédéralisme européen si elles venaient à être appliquées. Je pense notamment au rachat par la banque centrale européenne d'obligations d'États à un taux très bas - sur le modèle de la banque centrale des États-Unis - qui casserait net la spéculation et permettraient aux membres des la zone euro de continuer à emprunter à des taux décents le temps de trouver des solutions pour réduire leurs déficits. Mais, encore une fois, du temps est nécessaire pour cela et les marchés sont intraitables. 

Enfin, seconde donnée qui ne joue pas encore en faveur du fédéralisme européen : les opinions nationales ne sont pas du tout préparées à ce que leurs pays se fondent dans une fédération : la peur de l'inconnu ! Et cela, nos dirigeants l'ont bien compris. C'est d'ailleurs pour nous préparer que l'on entend de plus en plus l'idée que les états membres vont être amenés à l'avenir à "céder une part de leur souveraineté", afin, peut-être de créer une Europe solidaire pour barrer la route aux marchés dérégulés... Si le temps ne vient pas à manquer".

Audrey, 24 ans, sans emplois

"Pour sortir de la crise, il faut compléter l'Union européenne économique et monétaire par une Union européenne politique. Cela signifie qu'il y a aura plus d'Europe au quotidien. Pourquoi ne pas transformer la Commission en véritable gouvernement avec une élection commune ? Le rôle de l'Europe n'est pas de voler au secours de chaque pays ; l'Allemagne prône aujourd'hui une discipline budgétaire et une régulation financière. Bruxelles pourrait l'imposer. J'ai lu dans la presse qu'il devrait être possible de porter plainte devant la Cour de justice contre un gouvernement indiscipliné. Sans forcément en arriver là, cette méthode peut-être un des moyens pour restaurer la santé au moins financière des pays".

Marc, 22 ans, étudiant en droit

"Nous avons déjà été beaucoup trop loin dans le sens de l'Europe fédérale. La politique agricole commune est bien suffisante, il ne faut pas exagérer. Les frontières ont été ouvertes, tout est incontrôlé, y compris l'immigration. Sur Dijon, des personnes ne sont pas logées et se réfugient dans des squats. Une Europe fédérale irait dans ce sens et contribuerait à renforcer ces mouvements alors qu'il faut d'abord penser à la France, puis aux Français. L'Europe c'est gentil mais qu'il y ait des plombiers polonais qui viennent sur le territoire français, s'en est une autre. Pensons aux gens qui souffrent en France avant de vouloir résoudre toutes les misères du monde. Réglons d'abord les problèmes français car d'un point de vue historique, ce fédéralisme serait synonyme de perte de souveraineté. La France est un peuple qui accepterait très difficilement cela et ne le comprendrait pas".

Lucie, 38 ans, enseignante à Dijon

"Je pense que l'Europe fédérale est une très bonne chose. Je ne sais pas pourquoi nous n'y sommes spas arrivés avant. Faire se rapprocher les pays au sortir de la Seconde Guerre mondiale a été un immense succès. Cinq ans après, les allemands, les français, main dans la main font un accord sur le charbon. Le duo marche bien depuis cette date et face à la crise que l'on traverse, le fait de vouloir sauver sa souveraineté nationale est idiot. Nous avons vu dans l'histoire que ces tentatives de rapprochement ont plutôt bénéficié au pays. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont parlé de règles communes pour les marchés : ceci ne peut être une mauvaise chose. Une instance Europe contrôle la façon dont les États gèrent leur déficit permettrait de mieux réguler et d'éviter de se retrouver face aux crises que l'on affronte aujourd'hui. Il y a un vrai manque de gestion et de contrôle. Il ne faudrait peut-être pas que cette dernière s'étende à tous les domaines mais d'un point de vue économique c'est une bonne chose".

Alain, 71 ans, retraité de la fonction publique

"En 2007, j'ai voté François Bayrou à la présidentielle car il portait un projet alternatif auquel je croyais. Je ne me suis pas encore décidé pour 2012. La campagne prend le tournant du "Made in France". Bayrou occupe cette position ambigüe qui fait qu'il soutient à la fois un certain protectionnisme mais reste aussi partisan d'une Europe fédérale (Lire ici l'article du Point.fr). J'ai l'impression qu'à l'échelle supranationale, les chefs d'État sont déconnectés de toute réalité. Il faut engager dans chaque pays une consultation pour demander aux habitants quel avenir ils voient à l'Europe. Éva Joly appelle aussi de ses vœux cette Europe fédérale. L'avenir de la France passe sans doute par cette Europe fédérale mais il faudra y engager une vraie politique fiscale commune".

Jean-Marie, 51 ans, agriculteur dans l'Auxois

"L'Union européenne s'est développée à outrance, passant de six à vingt-sept pays en quelques années. La Politique agricole commune est en cours de renégociation pour l'après 2013. Nous manquons aujourd'hui de compétitivité vis-à-vis de nos collègues européens. Pour ma part, je n'ai pas à me plaindre d'un point de vue financier mais régulièrement, des structures ferment leur porte en raison de la chute des revenus financiers ou du manque de rentabilité. La France doit garder la main sur une partie de sa politique agricole et les candidats à la présidentielle l'ont bien compris. Chaque année électorale, ils se déplacent en masse au salon de l'agriculture. Nous les attendons au tournant cette fois-ci. L'Europe a permis de déréglementer des marchés comme celui des jeux en ligne ou des transports. Je ne pense pas cependant que le pays soit prêt à abandonner sa souveraineté au profit de l'Europe. Nous payons pour la Grèce, pour l'Italie, demain pour le Portugal, pensons un peu à nous".

Anne-Marie, 47 ans, chef d'entreprise

"Chaque sommet nous a été annoncé comme celui de la dernière chance ; certains ont même annoncé la disparition de l'euro avant la fin de l'année. Je ne suis pas très bonne en économie mais je considère tout de même que l'accord, même s'il n'a pas été signé à 27, est très important. Je me pose alors plusieurs questions : est-il souhaitable par exemple de poursuivre l'agrandissement de l'Union ? A-t-elle encore un sens alors que nous sommes 27 ? Pour ma part, je considère qu'il faut construite une Europe de la zone euro et qui soit donc plus solidaire d'un point de vue social et surtout économique. La fin de l'euro serait une véritable catastrophe pour les entreprises exportatrices comme la mienne, même à petite échelle. L'opinion publique n'est pas prête à plus de fédéralisme ; nous payons pour les dérives financières d'autres pays et l'Europe n'a, à mon sens, pas cette vocation".

6 commentaires

tetedampoule, 19 déc. 11, 02:01 :

Une Europe fédérale ? oui mais laquelle ? car on est dans le brouillard avec les yeux bandés ? Ils ont voulu aller trop vite, il fallait rester à 15 en examinant sérieusement le cas du Royaume Uni. Le traité de Nice bâclé nous a précipité dans une Europe ingouvernable à 27. Le plus fort: au cœur du marasme actuel la Croatie pays archi-corrompu va y faire son entrée. Pour moi, c'est NON à cette Europe-là trop laxiste qui d'ailleurs va exploser toute seule.

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Zartam, 13 déc. 11, 19:57 :

En relisant les histoires des pays européens on se rend compte qu'il a fallu des siècles pour unir, dans chaque pays les villes puis les provinces, pour enfin obtenir un résultat qui parfois est toujours précaire.
Restez objectif et pensez que dans votre rue, vous trouvez que le voisin n'est pas à la hauteur de votre idée.
Suivant la situation il faut prendre des décisions;
Des élus les prennent.

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allain graux, 13 déc. 11, 18:18 :

J'ai commis un article sur cette question reliée à la crise que nous connaissons. Je vous invite à le lire sur mon blog :

Ramener l’espoir dans le camp des peuples

"Depuis 2007, Sarkozy a fait 150 milliards d’Euros de cadeaux fiscaux aux plus riches. ! Pour quel effet ? La justification avancée par les idéologues du néolibéralisme est que la société a besoin des capitaux des riches, car ce sont eux qui investissent, soutiennent ainsi la croissance économique et favoriseraient donc la création d’emplois. Il faudrait éviter que leurs capitaux quittent la France et s’investissent ailleurs.
Mais où sont les investissements promis ? Peanut ! L’emploi industriel ne cesse de baisser, le chômage d’augmenter . En fait, cet argent, le nôtre, celui des citoyens français, au lieu d’être investi pour le développement dans les activités économiques ou la recherche, a été dépensé en spéculations financières, en résidences tertiaires et quaternaires (alors que la France manque cruellement de logements sociaux), en dépenses de luxe par les privilégiés de la bande du Fouquet’s."

CLIQUER sur le lien pour la suite ou coller le dans votre fenêtre internet

http://allaingraux.over-blog.com/article-ramener-l-espoir-dans-le-camp-des-peuples-91761399.html

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Yannick Hoppe, 13 déc. 11, 14:49 :

Face à la plus grave crise que l’Europe connaisse depuis sa naissance, le Mouvement Européen – France enregistre avec un certain soulagement les progrès enregistrés au Sommet de Bruxelles et pointe les questions drastiques qui ne sont pas résolues malgré les nouvelles orientations positives qui jettent les bases d’une nouvelle architecture européenne.

Le « mécano-financier » mis en place est pour l’instant bien accueilli par les bourses européennes. Il faut saluer le fait que les membres de l’Union s’appliquent enfin des règles de disciplines budgétaires rigoureuses, et cessent de dépenser un argent qu’ils ne possèdent pas.

Mais plusieurs grands obstacles n’ont pas trouvé de solutions, et les fondations de la nouvelle orientation européenne demeurent fragiles. D’abord, aussi longtemps que l’Europe n’aura pas construit un pouvoir fédéral politique, ne serait-ce en premier que pour gouverner son économie à l’aide d’un vrai budget fédéral, la spéculation contre les dettes des Etats ou les fragilités bancaires peut être tentée de démarrer aux premiers prétextes. On ne peut observer qu’avec effroi l’aplomb de plusieurs agences de notation qui après avoir pointé leurs armes sur la quasi totalité des membres de la zone euro, mettent maintenant dans son viseur des institutions financières, des institutions bancaires, des compagnies d’assurance.

Par ailleurs, il faut poser clairement les questions politiques, car devant une maladie chronique, les outils médicaux ne suffisent pas : il faut un diagnostic. Le diagnostic, c’est que dans la mondialisation, l’Europe est un bateau qui n’a pas réellement de gouvernail. Se pose en outre la question de l’attitude de deux pays. Que va faire notamment la Grande-Bretagne disposant d’un droit de veto dans les institutions notamment pour la nécessaire révision des Traités, mais isolée comme jamais puisqu’elle n’est pas dans l’Euro, pas dans Schengen, pas dans la Charte des droits fondamentaux. Mais la question la plus importante est de comprendre jusqu’où la politique du « pas à pas » menée par l’Allemagne, pourra aller. Si le Sommet de Bruxelles ne rétablit pas la confiance, la chancelière devra trouver le moyen de faire comprendre aux allemands et de discuter avec la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe, pour déléguer sous une forme ou une autre, de la souveraineté politique à Bruxelles. C’est là pour l’instant sa limite européenne, sur laquelle plane encore on le sait le sombre souvenir de l’inflation des années 30, et du fascisme qui a suivi.

Cavalier seul pour la Grande-Bretagne, discipline budgétaire rigoureuse pour 26 européens, certes. Mais l’Europe n’en a pas fini avec son avenir : si elle ne se dote pas d’un pouvoir fédéral qui lui permettrait notamment de construire un avenir en relançant par des investissements une indispensable croissance, alors elle flottera durablement dans les eaux tumultueuses d’un monde émergent où elle a du mal à consolider sa place.

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jacques michel, 13 déc. 11, 10:04 :

Au printemps 1957, on a signé le traité de Rome. Quelques mois plus tard, le 4 octobre exactement, on lançait Spoutnik, le premier satellite artificiel. Celui qui aurait prédit que, moins de douze ans plus tard, on enverrait deux hommes sur la lune aurait été traité de fou. Mais celui qui aurait osé prédire que, cinquante plus tard, l'Europe ne serait pas encore une puissance politique effective aurait été regardé comme un traître à l'idée d'Europe. Cette idée était à la fois une nécessité évidente et un "rêve raisonnable" pour les générations qui sortaient à peine de la guerre, les parents qui y avaient pris part et les adolescents qui, comme moi, l'avaient subie dans leur prime enfance et avaient grandi dans les ruines des villes bombardées.

Mais en 1957, si l'on avait prononcé trop fort le mot de "fédéralisme", le traité de Rome n'aurait jamais été signé.

Mais en 1957, même si on ne le disait pas, la première motivation qui poussait à faire l'Europe était la menace communiste, et l'existence du bloc soviétique. Comment savoir que, trente ans plus tard, dès la chute du mur de Berlin, on allait agrandir à marche forcée cette Europe en incorporant les pays mêmes contre lesquels on l'avait faite au début ?

La raison d'être de l'Europe aujourd'hui, c'est le reste du monde. Le problème de l'Europe aujourd'hui , c'est les pays qui la composent, et le fait qu'ils se regardent les uns les autres au lieu de regarder autour d'eux.

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walkyrie, 12 déc. 11, 17:45 :

Faire l'Europe fédérale c'est faire au moins deux révolutions : une des esprits, une autre des institutions. Autant dire que c'est fichu pour l'immédiat.
Pour l'instant, il nous semble que cette fédération servirait surtout à mutualiser la gabegie des uns et des autres ; ce n'est donc pas la peine.

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