A Dijon (21), le FN présentera une liste aux prochaines élections

Municipales 2014 : "Le Front national sera l'avocat du peuple"

par Jérémie Lorand | dijOnscOpe | jeu. 14 févr. 13 | 08:15

Absent de la vie politique locale depuis 2001, le Front national (FN) tente de renaître de ses cendres à Dijon, en Côte-d'Or (21). Depuis plusieurs semaines, dans les coulisses du parti à la flamme, les grandes manœuvres ont débuté pour monter une liste et poser un premier pied au palais des ducs de Bourgogne au lendemain des élections municipales de 2014.

À droite, l'initiative ne surprend guère. "C'est sans doute le seul moyen de pousser François Rebsamen (ndlr : l'actuel sénateur-maire PS de la ville) au second tour", reconnait un élu. En 2008, le chef de l'opposition municipale UMP, François-Xavier Dugourd, était la seule tête de liste à droite ; il n'avait alors recueilli "que" 36,36% des suffrages. Son adversaire socialiste l'emportait dès le premier tour avec 56,22% des voix.

A 31 ans, Geoffroy Beneton, secrétaire de la section FN de la première circonscription de Côte-d'Or, conduit la construction de cette liste. Adhérent au parti depuis la fin 2010, il reconnait que la prise de Dijon est "une éventualité quasi inenvisageable". La ville devrait même, selon lui, rester à gauche. Pour la première fois, il dévoile ses intentions et celle du FN...

À quatorze mois des élections municipales, quel bilan tracez-vous des années Rebsamen ?

"Il faut reconnaître que François Rebsamen, via le Grand Dijon notamment, a réalisé de nombreux investissements : deux lignes de tramway, une piscine olympique, le projet de Bocage central. Dijon reste une ville jeune si on la compare à l'époque Poujade (ndlr : Robert Poujade, maire de Dijon de 1971 à 2001), qui n'aimait pas dépenser. Mais tout ceci aura un coût. François Rebsamen applique la politique de la dette et tôt ou tard, les citoyens vont la payer.

La politique du FN est de s'implanter dans l'ensemble des grandes villes lors des Municipales 2014. Dijon aura-t-elle aussi sa liste frontiste ?

Il serait illusoire de croire que le Front national pourrait accéder à la mairie. Dijon restera sans doute socialiste, et de façon largement majoritaire, donc nous n'allons pas nous monter la tête. Nous aimerions présenter une liste dans toutes les communes mais à défaut de trouver des personnes motivées pour les monter, nous ne serons présents que sur Dijon. Nous voulons être l'avocat du peuple, nous voulons tâcher d'empêcher les dépenses inutiles pour sauver les meubles et défendre les intérêts des Dijonnais. Puisque nous avons de grandes chances d'être dans l'opposition, nous ne pourrons pas multiplier les actions.

En 2001, le frontiste Charles Cavin avait récolté 5,7% des suffrages. En 2008, le parti avait fait le choix de ne pas présenter de candidat. Pensez-vous pouvoir tirer votre épingle du jeu ?

L'époque a changé. En 2008, le Front national avait de grosses difficultés financières déjà. Depuis, les sondages montrent que le Front national a le vent dans le dos (ndlr : Voir ici le sondage 2013 de TNS-Sofres, d'ailleurs controversé - Lire ici Rue89.com). Beaucoup de personnes sont extrêmement déçues du gouvernement qui n'a pas de réussite nette, même sur le plan de l'emploi.

La politique du gouvernement retombera tôt ou tard sur le Parti socialiste ; l'UMP arrive à se tirer dans les pattes ; le Front de gauche n'a pas brillé aux dernières élections législatives... Comme dans chaque élection, il y aura des surprises, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, donc nous ne prévoyons pas de résultat ; nous espérons récolter le plus de voix possible. Dans tous les cas, les municipalités n'aiment pas voir le Front national arriver.

Vous avez été mandaté par Rémi Boursot, chef de file du FN 21 pour former une liste sur Dijon, la seule liste sur la première circonscription. Pourriez-vous en prendre la tête ?

L'heure n'est pas encore à ce choix. Si on me le demande, je le ferai. Paris tranchera. Pour l'instant, avec un responsable de canton, nous recrutons des personnes pour la liste. Là aussi, notre manque d'implantation locale provoque des difficultés pour convaincre les gens ou encore obtenir un colistier connu. Nous devons avoir 59 noms mais pour des questions de sécurité, nous recherchons 70 personnes.

Je suis un ancien militaire, j'aime mener les missions à bien ; construire cette liste en est une. Je vais déjà tâcher de ne pas décevoir le Front national en formant la liste. En tant que responsable dijonnais, mon rôle est sans doute de la conduire mais je ne veux pas m'avancer là-dessus. La décision définitive interviendra en fin d'année, voire au début 2014. Dijon n'est pas une ville prioritaire dans les décisions de commission d'investiture.

L'étiquette Front national n'est pas toujours bien vue. Rencontrez-vous des difficultés dans la conception de cette liste ?

Comme pour tout affichage politique, des personnes peuvent nourrir des craintes pour l'emploi, la famille... La dédiabolisation de Marine Le Pen (ndlr : actuelle présidente du Front national) facilite les relations. Faire une liste aujourd'hui est beaucoup plus facile qu'en 2001. Jean-Marie Le Pen était un véritable tribun qui a réussi à monter un parti et j'ai l'impression que Marine va le faire décoller.

La campagne s'annonce très courte. Sur quels thèmes comptez-vous la baser ?

À côté des bonnes réalisations de François Rebsamen, la propreté et la sécurité de la ville se dégradent. Chaque jour, un fait divers vient alimenter l'actualité ; il y a une véritable accoutumance à l'insécurité. Sur la question des demandeurs d'asile par exemple, il faut clairement couper les pompes aspirantes. Une injonction à quitter le territoire ne suffit pas car elle provoque ensuite une course-poursuite entre le demandeur d'asile et les policiers. Il faut que l'Etat fasse respecter ses lois.

Financièrement, il faudrait peut-être essayer de faire baisser l'imposition. Avec l'emploi, l'argent est une des inquiétudes principales des Français. Sans dire qu'il est sournois, François Rebsamen est juste politique puisqu'il arrive à mettre les dépenses sur le compte du Grand Dijon en affirmant à côté que l'endettement de la ville baisse.

Pour le reste, nous n'avons pas encore de programme précis. Je crains cependant que Paris ne fournisse un programme commun pour les grandes villes où obtenir une majorité de conseillers municipaux frontistes est impossible. Le fait de ne pas avoir d'implantation locale provoque de nombreuses difficultés, il ne faut pas se le cacher. C'est pour cette raison que la direction nationale souhaite qu'un maximum de listes voient le jour, pour offrir plus de visibilité.

Au final, ces élections municipales ne seraient-elles qu'un prétexte pour préparer les prochaines Législatives et la Présidentielle de 2017 ?

Elles doivent en effet clairement nous permettre de nous faire connaitre en vue des échéances de 2017. Elles doivent nous aider à nous implanter, à avoir des maires éventuellement pour faciliter l'accès aux parrainages. Nous allons tâcher de mener à bien cette mission. Nous avons le mauvais, nous ne sommes pas sûrs de gagner, mais pas sûrs d'avoir des élus aussi. Dijon n'est pas une terre de conquête. Mais tout ceci ne peut que nous faire progresser au fil des échéances. Coup de poing après coup de poing, nous allons le faire tomber."

6 commentaires

bmf, 26 mars, 09:51 :

Qui feint encore de s'étonner que le FN en France et l'extrême droite en Europe ne cessent de progresser ? D'abord en raison de la mise en coupe réglée de la planète par un système économique abject, ensuite la crise qui a suivi, provoquée par les acteurs de ce système économique, crise qui ruine les classes moyennes et clochardise les plus démunis, alors que les coupables continuent à s'enrichir. Tout cela avec la complicité des pouvoirs politiques, capitulant devant les multinationales ou corrompues par elles. En France, nous assistons à ce spectacle hallucinant d'une extrême gauche qui éreinte le PS, un PS qui erre dans l'espace politique, un Exécutif sans direction claire et dont la communication est calamiteuse, un Centre qui n'existe pas, une UMP qui fait un concours à qui fera la déclaration la plus immonde. Et le FN, qui compte les coups et engrange les voix. Non que ses électeurs soient devenus nazis, mais en raison de leur écoeurement devant le triste spectacle de la "classe politique".

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PhilPhil, 16 févr., 20:28 :

A suivre ce samedi, l'intervention dans les médias de Marine Le Pen, qui prenait la défense du policier marseillais ayant tué tout récemment un jeune dans un café de Marseille, avec son arme de service hors de son temps de travail.

Elle aussi se prête donc au jeu de l'actualité sans prise de recul : attendons de savoir les circonstance de l'évènement.

Non, il faut réagir à chaud, évoquer les populations qui pratiquent l'ultra violence, terrorisent les quartiers, etc etc etc. Le FN n'aurait donc que ce sujet à mettre toujours en premier ?

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PhilPhil, 15 févr., 01:02 :

D'accord avec Jacques,
Militaire ne rime pas avec idiot, et plus ils sont brillants, plus on les aime ! ;:) car il faut espérer que notre armée de métier est faite de personnes de qualité, et ceci vaut pour tous les corps de métier, ou tout compte fait il doit y avoir le même taux de qualité que d'imbécillité rencontré dans toute la société.

Ceci en retire néanmoins pas le fait que le propos de M Geoffroy Beneton est d'une effroyable platitude : en premier thème arrivent pèle mêle saleté, insécurité et les demandeurs d'asiles... puis viennent les impôts locaux et après "on n'a pas encore de programme précis" !! et l'article se termine par "coup de poing après coup de poing" ; là c'est un peu guerrier, et Anne n'aurait donc pas totalement tort ?

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jacques michel, 15 févr., 00:25 :

A Anne Spinler : après une lecture en diagonale, décréter qu'un ancien militaire est forcément un imbécile, qu'il a sans doute été viré de l'armée, etc, etc... Que penser de VOS qualités intellectuelles, et de l'épaisseur de vos préjugés ? Je ne suis pas militaire, mais nous ne sommes plus au temps de Courteline, et parmi les militaires que j'ai eu l'occasion de rencontrer, beaucoup auraient au moins autant de leçons à donner qu'à recevoir, ne serait-ce que de conscience professionnelle ou de civisme de base.

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Livia, 14 févr., 23:07 :

je ne vois pas en quoi les demandeurs d'asile ont à voir avec une insécurité particulière à Dijon, aucun fait ne peut étayer ce que ce propos insinue : les demandeurs d'asile ne menacent pas la sécurité des Dijonnais mais sont, eux, dans la plus grande insécurité, ne trouvant un semblant d'hébergement et de nourriture qu'auprès de personnes sensibles à leur détresse, pour qui l’humain reste la priorité.
que veut ce monsieur ? renouer avec la chasse à l'homme ?

Et s'il convient de parler d'insécurité dans notre société : oui, il y en a, quand on perd son travail, quand on craint de le perdre, quand on ne peut plus finir le mois, et aussi quand on a été contraint par un état de non-droit ou par la guerre, à fuir son pays et à demander l'asile : droit internationalement reconnu depuis que l'on sait, avec le XXième siècle, à quels niveaux de persécutions une idéologie peut conduire !

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anne spinnler, 14 févr., 09:08 :

En lisant en diagonale, ce monsieur est, à 31 ans un ancien militaire, cela n'annonce rien de bon quant à ses capacités intellectuelles, il n'a pas beaucoup monté en grade ou du moins, il a dû être vite viré de l'armée, à moins que ce soit lui qui soit parti, et dans ce cas, il vaut mieux qu'il n'en parle pas !

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