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Où sont passés nos jeunes ?... Un indice : ne les cherchez pas dans les champs, ils n'y sont pas. Alors que de nombreux agriculteurs affleurent l'âge de la retraite, trop peu de débutants se pressent au portillon dans l'idée d'installer leur propre exploitation rurale. Le monde agricole connait aujourd'hui une pyramide des âges inversée ; un manque cruel de vocations.Â
Est-ce la raison pour laquelle on tente de vous vendre la profession à travers un nouveau jeu de simulation numérique sur ordinateur ? Possible. On le retrouve par exemple au Salon international de l'agriculture de Paris, porte de Versailles, dont la 50ème édition a lieu du 23 février au 3 mars 2013. Monter sur un tracteur et gérer une exploitation est désormais accessible à tous virtuellement depuis un canapé.
Certainement passionnant... Mais enfin, pas de quoi pas de quoi nourrir la France. A la limite, l'émission L'Amour est dans le pré serait plus efficace pour générer la future relève de fils d'agriculteurs... mais dans combien de temps ? En 2013, la surface agricole utile (SAU) représente 54% du territoire hexagonal, ce qui est important. Or, en moins de dix ans le nombre d'exploitants a diminué d'un quart.
Dans le même temps, la taille moyenne des surfaces travaillées a presque doublé. Les exploitations ont grossi, laissant sur le carreau les structures les plus fragiles économiquement. En conséquence, s'installer aujourd'hui devient de plus en plus compliqué. S'insérer dans les circuits agricoles demande au minimum un bac et une centaine de milliers d'euros. Il y a urgence à renforcer les effectifs de la production agricole, mais aussi certainement à repenser le système...
Besoin de conversions !Â
"Le défi nous encourage à nous battre", explique Fabrice Genin, céréalier de 35 ans, représentant régional du syndicat professionnel des Jeunes agriculteurs de Côte-d'Or. Selon la Direction régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (Draaf) de Bourgogne, en 2011, le travail agricole demeure familial (Voir ici le rapport). Or, des fils d'agriculteurs, il y en reste de moins en moins. Ou alors ils font carrière en ville. Le renouvellement des générations s'annonce donc compliqué.Â
"Ce secteur créateur d'emplois fait vivre et anime les campagnes où il est présent." En Bourgogne, la SAU couvre 59% du territoire mais n'embauche que 5% de la population active régionale. Ce qui est peu lorsque l'on sait qu'elle donnait du travail à la moitié de la population au début du siècle dernier. En 2010, la moyenne d'âge des exploitants bourguignons atteignait les 49 ans, selon les chiffres de la Draaf de Bourgogne. En 2007, on comptait une installation pour quatre exploitants partant à la retraite (Lire ici sur LaDocumentationFrançaise.fr).
"Nous aurons besoin de personnes venant de l'extérieur", résume Fabrice Genin, posté au milieu du Parc Darcy, à Dijon (21), occupé par la campagne de promotion de l'installation de jeunes agriculteurs qu'il mène comme chaque année. Il compte sur la communication pour attirer de nouvelles vocations : "Nous sommes bien structurés. Pour preuve, un jeune qui s'établit possède 90% de chances de tenir plus de dix ans." Reste que s'installer n'est pas à la portée de tous.Â
L'Europe à la rescousse?
L'investissement minimum en matériel atteind vite 100.000 euros - sans compter l'achat des terres, estime Fabrice Genin, entouré d'Antoine Dorel, président des Jeunes agricultures de Côte-d'Or, et Jérémie Decerle, 33 et 28 ans, respectivement spécialisés dans la grande culture traditionnelle et l'élevage bovin. Et pour pallier la difficulté, le syndicat affilié à la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) oriente les nouveaux arrivants vers les subventions européenne en les aidant à constituer un dossier.
"L'Europe est une chance pour tout le monde", ils en sont convaincus, même s'ils aimeraient la voir plus conquérante et solidaire. La politique agricole commune (PAC) planifie l'agriculture européenne depuis 1962 en régulant les prix et en assurant un revenu décent aux agriculteurs. Ses orientations politiques, ses choix, on les retrouve dans nos champs, dans nos magasins, dans nos assiettes.
Mais les agriculteurs ne les voient pas tous d'un bon oeil. Après tout, les subventions (distribuées depuis 1992) ne sont qu'un pansement sur la plaie des prix trop bas à la vente, encouragés par un marché spéculatif des denrées ainsi qu'une multiplicité d'intermédiaires (Lire ici notre article). "Les prix auxquels nous vendons notre viande sont les mêmes qu'il y a 25 ans... Le prix auquel vous l'achetez dans le commerce a autrement évolué", fait remarquer Pascale Froidurot, éleveuse de bovins en Côte-d'Or.
Si encore le fruit de son travail lui revenait directement, elle trouverait une véritable fierté à produire. "Mais ce système de subventions nous fait nous sentir presque assistés", rit-elle devant ce qui apparaît alors comme une énorme absurdité de ce système. Comme une perfusion, entretiendrait-il un mécanisme malade? Â
"Les clients doivent être responsables de leurs filières"
Doit-on alors revenir à une agriculture moins dépendante de l'agro-industrie afin d'éviter les intermédiaires, favoriser les circuits courts? "Nous pensons que chaque filière doit trouver sa place", avancent les Jeunes agriculteurs. "Bio, productions traditionnelles (ndlr : comprendre "industrielles") doivent trouver chacune leurs débouchés", selon la réalité économique de la demande. "C'est toujours pareil, on produit pour satisfaire une demande bien précise".
Inutile, selon eux de vouloir forcer le biologique puisque "tout le monde n'en veut pas et ce n'est pas abordable pour toutes les bourses. Les clients doivent être responsables de leur filière". L'achat détermine la production.Â
Le consommateur voudrait accéder à de la nourriture pas cher : ce constat est à l'origine de décisions comme la très contestée autorisation européennes à utiliser dès 2013 des farines animales pour nourrir les poissons, puis les porcs et les volailles, après 2014. Sacrifie-t-on le principe de précaution - comme le redoute Corinne Lepage - au profit des lois économiques?Â
La proposition ne choque pas les syndiqués : "L'Europe a réussi à pacifier le continent et à donner à manger à tous, une nourriture de qualité et en quantité nécessaire", se félicite Fabrice Genin. Avant de compléter : "Bien sûr il n'y aurait pas ces scandales si la législation européenne était respectée et élargie à tous les pays d'Europe".
Un homme dont la mère était bourguignonne, Pierre Rabhi, aujourd'hui, véritable prophète du retour au raisonnable à travers son concept de "sobriété heureuse" n'appelle pas seulement les hommes de vocation, mais tout un chacun à cultiver son jardin comme un acte de "résistance citoyenne" à une modernité qui s'emballe dangereusement avec ses consommateurs mais... sans ses électeurs.
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Cet article aborde plein de sujets de la production agricole au mode de consommation de tout un chacun-e en passant par les politiques en la matière tant au niveau local, national, européen et international.
Le modèle de production agricole: de la fin des années 50 aux années 2000, parler de production raisonnée, non polluante, non intensive était presque impossible ou plutôt c'était apparaître comme rétrograde, archaïque, vouloir revenir à la bougie et en ce domaine les agriculteurs et surtout les responsables agricoles CNJA, FNSEA, filères céréales et autres et Chambres d'agriculture n'ont pas été les moins virulents et actifs au niveau politique. La situation actuelle est aussi grandement de leur fait.
Certes les consommateurs ont aussi leur responsabilité, ils se sont précipités dans les grandes surfaces, cassant ainsi la relation directe producteur-consommateur qui permet de supprimer les coûts exorbitants des intermédiaires mais aussi de continuer à cuisiner-manger des produits et non de la nourriture.
Enfin les industries agroalimentaires sont une formidable puissance financière et politique, qui utilise les agriculteurs comme les producteurs du monde et comme les industries vis à vis des matières premières c'est à dire en tirer le maximum et changer quand ils sont épuisés. En cela ils sont aidés par les politiques commerciales internationales (accords de partenariat économique, FMI et OMC) qui veulent libéraliser au maximum sous prétexte de libre concurrence, un leurre quand on sait les différences de statuts économique et social simplement.
La PAC est à changer, mais les politiques commerciales, fiscales ainsi que nos modes de consommation également.