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Suite à la polémique entre le groupe Titan et le Gouvernement… (Partie 1/2)
C’est la crise, on le sait. Depuis plusieurs années maintenant, le mot est sur toutes les bouches et dans tous les discours, aussi bien du coté des salariés que du patronat. Dans un contexte économique contraint généralisé, il n’est pas rare de voir chacun se renvoyer la balle tantôt pour justifier la mise en place d’un plan économique, tantôt pour défendre les droits sociaux et généraux du travail. Car, au fond, si la France se retrouve dans cette situation, à qui en revient la faute ? Au coût du travail trop élevé ? Au gouvernement, jugé "passéiste" ?... Non, ce serait la faute des syndicats.
Du moins, tel est le point de vue du président du groupe américain Titan, Maurice Taylor, qui a suscité la polémique en adressant un courrier le 8 février 2013 au ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, – courrier rendu publique par Les Echos (Lire ici) - dans lequel il explique pourquoi il refuse la reprise de l'usine Goodyear d'Amiens Nord. Il y indique notamment que "les salariés français touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures", et met en cause le syndicalisme qui empêcherait les entreprises de tourner. Il n’en fallait pas plus pour jeter un pavé dans la mare.
Réponse - tout aussi vitriolée - du ministre, le 20 février suivant : "Vos propos aussi extrémistes qu'insultants témoignent d'une ignorance parfaite qu'est notre pays, la France" (Lire ici). Ce à quoi le patron américain a répliqué, dans une sorte de surenchère : "L'extrémiste Monsieur le ministre, c'est votre gouvernement et son manque de connaissances sur la façon de bâtir une entreprise". Cette fois, il pousse l'affront jusqu'à évoquer les "barjots de syndicats" à l’origine de la destruction des emplois les mieux rémunérés (Lire ici sur FranceTVInfo.fr). Réalisme ou préjugés ? Les syndicats, nationaux comme régionaux, n'ont pas l'intention de laisser dire...
"On reste sur des clichés"
Les propos tenus par l’américain Maurice Taylor, par ailleurs connu pour ses sorties langagières (Lire ici DirectMatin.fr), n’ont pas manqué de faire réagir dans l’Hexagone. Laurent Berger, secrétaire général de la Confédération française démocratique du travail (CFDT), les a ainsi qualifiés d’"indignes" et "insultants" (Lire ici La Croix.com). "Il dit qu'il n'y a rien de possible, que le syndicalisme ça ne sert à rien, juste à empêcher les entreprises de tourner. Il a un propos ultra-libéral, ultra-provocateur; il ne connaît pas du tout ce dont il parle et donc, la question n'est pas celle des relations sociales dans le pays."
Pour la Confédération générale du travail (CGT), directement visée et concernée par les propos du P-DG, il s’agit même d’une "insulte totale" (Lire ici Libération.fr). Mis en cause, les syndicats dénoncent une intervention qui n’a pas de sens et qui s’appuie, selon eux, sur des préjugés. "Moi, je suis cheminot et ses propos me font sourire. On reste sur des clichés : les Français sont trop payés, ils ne travaillent pas assez...", explique José Aviles, secrétaire général de l’union locale CGT-Besançon, dans le Doubs (25).
Un trop grand interventionnisme des syndicats ?
L’affront a d’autant plus de mal à passer qu’il vient de l’étranger. Maurice Taylor critique et met en avant le trop grand interventionnisme des syndicats et accuse la politique française actuelle de bloquer tout investissement dans le pays. De là à souhaiter l’éradication des syndicats, il n’y a qu’un pas...
"Mais, je ne pense pas qu’aux Etats-Unis, il n’y a pas de syndicats !", lance ironiquement José Aviles. "Il faut quand même savoir que l’intérêt d’un syndicat, c’est de faire respecter le code du travail qui, soit dit en passant, est de plus en plus bafoué." Prenant en exemple sa propre expérience en tant que conseiller du salarié, le secrétaire général de la CGT Besançon fait ainsi remarquer que la précarité gagne du terrain, y compris chez les salariés.
"En 2012, sur 47 personnes que j’ai eu à conseiller, 30 se retrouvaient en situation de rupture conventionnelle de contrat ; c’est énorme. Et depuis le début de cette année 2013, j'en suis déjà à 9 personnes dans le même cas, sur 10 accueillies." Pour lui, le problème ne viendrait pas tant des salariés que des employeurs, à qui on laisse de plus en plus de flexibilité. "Aujourd’hui, on assiste même à une recrudescence des mises à pied à titre conservatoire, un moyen de suspendre les droits du salarié."
Quid des investisseurs étrangers : fuiront ou fuiront pas ?
Seul syndicat avec Force Ouvrière (FO) à ne pas avoir signé, le 11 janvier 2013, l’accord dit de "sécurisation de l’emploi" (Lire ici LesEchos.fr), la CGT appelle d’ailleurs les salariés à manifester le 5 mars de la même année. José Aviles le reconnaît : "C'est sûr que la CGT est un syndicat revendicatif". Mais pour lui, ces actions sont essentielles.
"S’il y en a qui pensent que les syndicats ne servent à rien, qu’ils viennent voir, dans les unions locales, les salariés de plus en plus nombreux venus nous solliciter pour des informations. Quatre à cinq personnes en moyenne sont accueillies chaque jour au sein de l’union locale de Besançon. Ce ne sont pas des personnes syndiquées, ce sont des salariés qui viennent prendre conseils." Depuis quelques temps, des permanences avec des conseillers juridiques et des Prud’hommes sont également organisées.
Quant au potentiel refus d’investissements des étrangers dans les entreprises françaises où existent des syndicats, comme le suggère le président du groupe Titan, José Aviles renvoie au modèle allemand. "On prend toujours l’exemple de l’Allemagne qui paraît plus compétitive. Or, il faut savoir que 8 millions de personnes y gagnent seulement 400 euros par mois. Eh bien ça, personnellement, cela me choque ! Est-ce qu’en France, on est prêt à avoir ce genre de travailleurs pauvres ?"
Dans cette affaire, le gouvernement aura en tout cas trouvé un allié en la personne de Coca-Cola Entreprise (CCE), la société française qui fabrique et commercialise le célèbre soda gazeux - venu lui aussi du continent outre-Atlantique. Son PDG, Tristan Farabet, a en effet écrit au ministre du Redressement productif pour lui assurer son soutien et préciser que la France ne faisait pas fuir les investisseurs étrangers, contrairement à ce qui a été dit (Lire ici LeParisien.fr).
10 commentaires
Derniers commentaires
Le jour ou' certains individus auront disparus TERRE TERRAIN TRRITOIRE Que restera des combats passés ??QUELS remparts de Démocratie face à LEGEMONIE l' ARROGANCE voir AUTRE CHOSE qui se propffile à l horizon.....Je laisserai à chacun le SOIN de prendre les mesures qui s imposent
Je suis syndicaliste depuis 50 années, et j'ai toujours déploré la faiblesse de la syndicalisation.
Les salariés français, à mon avis, manquent de courage et de culture.
Ils devraient savoir que le peu d'avantages qui leur restent encore, et qu'ils devraient défendre avec un peu plus d'énergie, ne sont pas tombés du ciel, mais qu'ils ont été conquis de haute lutte, par des travailleurs unis et organisés.
Récemment j'ai accompagné un membre de ma famille qui allait subir une déqualification professionnelle abusive auprès d'un syndicat de salariés afin d'avoir des informations et un appui. Le plaignant très méfiant à l'égard des syndicats pensait avoir à faire avec une bande de dingues révolutionnaires fut abasourdi par le calme et la grande connaissance du code du travail du permanent syndical. Il a obtenu gain de cause et va probablement se syndiquer. Comme quoi il faut se méfier des idées reçues.
Fred09 dit : je les récompense (sic) et j'ajoute : comme des gamins dont je suis le bon papa. Cela s'appelle du paternalisme et ne ressemble en rien à un véritable dialogue social. Les syndicats ont leur rôle à jouer, et qu'ils le fassent bien ou mal, ils ne doivent rendre des comptes qu'à leurs mandants. Posséder le capital d'une entreprise ne donne pas le droit de faire fonctionner l'entreprise en autocrate, même bienveillant. Oui, le PDG de Titan est ce qui se fait de pire dans le patronat et j'aurais aimé entendre des chefs d'entreprise le dire.Et pour finir, les jours de grèves ont fortement baissés depuis une bonne décennie, et la situation des salariés s'est dégradées, comme d'ailleurs celle des entreprises. Le mépris devrait être banni des relations au travail, et ce n'est pas gagné monsieur Fred09. Vous pouvez tout plaquer dès maintenant, parce que les être humains qui ne gagnent leur vie que par leur travail ne resteront pas longtemps les mains liées et inertes devant une casse sans précédent de leur vie .
Le discours des syndicats ne change pas depuis des décennies : les patrons sont tous des cons ! Quand un patron se rebiffe pour dire que les syndicats paralysent le pays avec des grèves qui ressemblent plus à des caprices qu'autre chose, alors tout le monde s'insurge. Je suis moi même chef d'entreprise et je fais tout mon possible pour que mes collaborateurs se sentent bien et je les récompense à chaque fois que c'est possible. Le dialogue est omniprésent dans mon entreprise. Le jour où un syndicat vient y mettre les pieds, je plaque tout !
Quand les syndicats font quelque chose on appelle cela : une journée d'action !!! Bref, le drame en France , c'est le manque, la faiblesse de syndicalisation de l'ensemble des travailleurs, qu'ils soient cadres , demi cadres ,ouvriers etc...Donc au niveau de l'opinion publique les syndicats ne représentent personne...et c'est vrai...d'où le pouvoir et les avantages quasi staliniens que les syndicats possèdent dans l'indifférence générale...et comme disait Coluche : avec le patronat ,il y en a un qui épluche les oignons et l'autre qui pleure !!!! Bonne journée
C'est dur d'encaisser les propos stupides de Monsieur Taylor, riche esclavagiste américain.
Comme quoi l'intelligence n'est pas forcément nécessaire pour se remplir les poches, en méprisant les ouvriers.
Avec des gens comme ça le paradis n'est pas pour demain !
d'accord avec vous et que ceux qui denigrent les syndicats , Reversent ou rendent a la collectivité tous les droits sociaux et les libertés gagnez par la lutte syndicale . je lance une liste d'inscription , a bientot j'espere .
Il faut tordre le cou à l'affirmation selon laquelle les salariés français ne sont pas productifs. Si vous avez l'occasion d'aller bosser à l'étranger vous serez surpris par le manque d'imagination, d'adaptation notamment des anglo-saxons si ils se trouvent dans une situation pour laquelle aucune procédure n'est prévue. Les Français se débrouillent en étant imaginatifs et créatifs, cela vient de notre éducation qui n'est pas que basée sur "l'appris par cœur".
Cette polémique est révélatrice de l'état d'esprit de certains capitaines d'industrie qui s'imaginent pouvoir imposer leur loi partout où ils implantes leurs usines. Ces personnages ont une vraie phobie des syndicats et des contre pouvoirs (si maigre soient-ils) qui s'opposent aux restructurations et aux baisses de salaires. Gonflé le père Taylor de dire que les ouvriers français sont trop bien payés alors qu'il vit comme un nabab grâce aux bénéfices dégagés par ceux ci. Mais Maurice Taylor a au moins raison sur un point : La France ne fait rien contre l'invasion des produits des pays émergents, car la concurrence n'est plus soutenable. Les Etats unis ont pris des dispositions pour protéger leur commerce. Pourquoi la France n'en fait pas autant ? doit-on attendre d'avoir un pays exsangue pour enfin réagir ? Quant aux syndicalistes en France, ils sont, dois-je le rappeler, les derniers remparts contre la destruction du programme du conseil de la résistance qui a assuré aux français, une relative période d'accalmie durant les 30 glorieuses. Merci aux syndicalistes comme Xavier Mathieu ou Edouard Martin d'avoir pris le risque de ne plus avoir d'avenir pour eux même pour avoir accepté de défendre l'avenir des autres salariés. Les patrons leur font bien payer maintenant !